24 mars 2021

Construction durable : les acteurs publics peuvent montrer la voie

“ La production industrialisée revêt un intérêt tout particulier en ces temps de pics de pollution atmosphérique. ”

Philippe Van de Maele
Président de l’Association HQE – France GBC et Directeur Général de l’Etablissement Public d’Aménagement de Paris-Saclay.

Riche d’une expérience de bientôt 30 ans dans le secteur public comme privé, le nouveau Président de l’Association HQE – France GBC nous fait partager sa vision éclairée -et éclairante- de la construction durable.

M. Philippe Van de Maele, vous avez débuté votre carrière dans les années 90. Avez-vous depuis observé une prise en compte croissante des aspects « durables » dans le secteur de la construction ?

Le Grenelle de l’Environnement -lancé en 2007- a véritablement changé la donne pour ce secteur mais cette évolution est bien sûr le fruit d’une mobilisation progressive de ses acteurs depuis les années 90. Côté bâtiments neufs, la partie la plus visible a certainement été l’objectif de Bâtiment Basse Consommation (BBC) et l’inscription d’une feuille de route pour le Bâtiment à Energie Positive (BEPOS).

 

Quels sont les freins encore existants que vous aimeriez lever en tant que Président de l’Association HQE – France GBC ?

Il y a tout d’abord la question des coûts et de la performance globale. C’est, par exemple, le cas d’un bâtiment dit à « faible impact carbone » qui n’a nullement intégré la mobilité de ses habitants ou usagers. Il est aujourd’hui indispensable de penser les nouvelles optimisations à l’échelle d’un quartier ou d’une ville, et plus seulement d’un bâtiment.

“ Nous devons continuer à mettre l’homme au cœur du projet, au travers de la qualité de vie.”

La « ville durable » est un enjeu majeur en France et dans le monde, puisque l’on estime que la moitié de la population mondiale vit actuellement dans les zones urbaines et que la proportion sera de 75 % en 2050. Étant donné l’augmentation de la population, cela représente 2 à 3 milliards d’habitants supplémentaires dans les villes à cet horizon. Mais la ville durable, ce n’est pas si simple ! D’un point de vue juridique, du modèle économique, du rôle des acteurs publics et privés… Pour autant, nul doute que c’est la clé. La révolution numérique devrait nous aider à accompagner cette évolution et rendre nos villes et centres-bourgs prêts aux nouveaux usages et modes de vie.

 

Pourquoi est-ce important que les bâtiments publics et les collectivités montrent l’exemple en matière de construction durable ?

Il est effectivement primordial que les acteurs publics et territoriaux soient exemplaires, en restant attachés aux trois piliers du développement durable : environnemental, social, économique. L’exemplarité est pour moi avant tout la réplicabilité de solutions innovantes dans des conditions de marché normales, car l’enjeu est de convaincre les acteurs du territoire que c’est possible.
Là aussi, il me semble important de sortir de la logique bâtiment par bâtiment. Combien de collectivités se sont trouvées démunies face aux diagnostics énergétiques de leurs bâtiments et leur capacité d’investissement !

Il faut que les acteurs publics raisonnent parc immobilier et définissent des stratégies. Cette demande de construction publique durable est essentielle. Notamment dans un contexte de marché en pleine évolution ou émergent de nouvelles techniques (comme le BIM : Building Information Model). Les collectivités vont pouvoir multiplier les appels d’offres pour favoriser l’investissement des entreprises et imposer naturellement cette logique de construction durable.

 

L’Association est également le membre français du World GBC, association mondiale regroupant les professionnels engagés dans la construction durable dans plus de 74 pays. Comment la France se situe en matière de construction durable ?

Difficile de répondre face à la diversité des contextes mais, globalement, je dirais que la France est plutôt en avance. Comme vous le savez, nous avons un cadre réglementaire assez fourni… mais qui nous permet d’avoir une production courante de qualité, souvent plus ambitieuse qu’aux Etats-Unis par exemple. De plus, notre tradition de planification donne une morphologie urbaine plutôt favorable à nos grandes villes, avec des trames accessibles aux piétons et aux transports publics1.
Notre vision française de la construction durable est vraiment singulière. Il ne s’agit pas de lister les actions à mener mais de définir les résultats à atteindre, pour ensuite chercher à trouver les meilleures solutions. Elle consiste également à mettre l’homme au cœur du projet, au travers de la qualité de vie.
Par ailleurs, HQE fait aujourd’hui partie du Top 3 des marques internationales de certification à l’échelle mondiale, ce qui est une vraie chance pour notre économie et nos entreprises.

 

Il y a un an environ, l’Association a publié un nouveau cadre de référence définissant 4 engagements pour construire un bâtiment durable, à commencer par « la qualité de vie » offerte par celui-ci. Pouvez-vous nous en dire plus sur les raisons qui ont motivé cette évolution ?

À l’heure de la révolution numérique (du smartphone à l’imprimante 3D), des nouveaux modes de travail et d’usage, de l’évolution de nos sociétés ou encore du changement climatique, le bâtiment va connaître des évolutions importantes. Nous devons les anticiper et les guider.
Notre défi collectif consiste à permettre à tous de vivre, travailler, apprendre… dans des bâtiments durables. C’est pour cela que nos partenaires ont développé, à partir de ce nouveau cadre de référence, des outils opérationnels permettant à tous de s’engager dans une démarche de progrès et de performance : certification bien sûr mais aussi évaluation, benchmark, formation.

“ La production industrialisée revêt un intérêt tout particulier en ces temps de pics de pollution atmosphérique. ”

Le respect de l’environnement fait également partie des engagements prioritaires retenus par l’Association. En quoi la construction industrialisée remplit cet objectif selon vous ?

Elle permet de limiter la production de déchets grâce à un ajustement précis des quantités de matériaux mis en œuvre et la pratique du tri sélectif en usine. De plus, la construction des bâtiments en usine (jusqu’à 90 %) couplée à un mode constructif en filière sèche doit également permettre d’optimiser les consommations d’eau et d’énergie. Enfin, elle limite les nuisances de chantier (bruit, poussière…), ce qui prend un sens tout particulier en ces temps de pics de pollution atmosphérique.
Des arguments qui peuvent désormais être éprouvés et quantifiés dans le cadre d’Analyse de Cycle de Vie (ACV) du Bâtiment, et challengés par les valeurs cibles proposées par l’Etat dans le cadre de l’expérimentation de la performance environnementale des bâtiments2 (énergie + carbone). C’est tout le sens de notre nouveau cadre de référence qui s’articule autour de 4 grands engagements pour un bâtiment durable : la qualité de vie, le respect de l’environnement, la performance économique et le management responsable.

 

En quoi la construction industrialisée vous paraît pertinente en matière de construction durable ?

La maîtrise des coûts, des délais et des performances sont des atouts importants de la construction industrialisée à faire valoir… et qui sont dans le scope des objectifs fixés par HQE.

(1) De l’importance de la morphologie dans l’efficience énergétique des villes, Serge SALAT et Caroline NOWACKI, Laboratoire des Morphologies Urbaines du CSTB
(2) batiment-energiecarbone.fr

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